Des gallo-romains aux mérovingiens
Situé à la jonction géologique du Périgord et du Limousin, sur les dernières pentes du Massif central, dans la vallée de l’Isle, Nanthiat est habité depuis au moins l’époque gallo-romaine. Le site forme alors un domaine agricole, propriété d’un certain Nantios, dont le nom, contenant l’idée d’un « cours d’eau au fond d’un val », épouse remarquablement la géographie du lieu. Son étymologie, à la fois celtique et latine, conserve le souvenir de ce topo-patronyme : Nanto-iacum.
À l’époque mérovingienne, cette terre a un propriétaire bien identifié : Aredius, qui l’énumère dans un testament établi en 572. Il avait quitté sa charge de chancelier du roi des Francs à la cour d’Austrasie pour entrer dans la vie religieuse. Figure majeure de l’évangélisation de la région, bâtisseur de monastères et d’oratoires, il est plus connu sous le nom de saint Yrieix, par francisation de l’occitan Iriès.
Les deux guerres de Cent Ans
La première seigneurie connue, tenue par la famille de Nantiac, remonterait au XIe siècle.
La première mention d’un lieu fortifié date de 1165, lors du mariage d’Imberge de Nantiac avec Pierre Ier Jaubert (ou Joubert), que l’on prétendait avoir une parenté proche avec Joubert de Syrie, septième grand-maître de l’Ordre de Malte et régent du royaume de Jérusalem.
Rattaché à la châtellenie d’Excideuil, convoité pour sa situation stratégique, le site de Nanthiat est aussitôt mêlé au conflit entre Capétiens et Plantagenêt, puis aux chevauchées qui ravagent le pays pendant la guerre de Cent Ans. Richard Cœur-de-Lion, son frère Jean Sans-Terre et Bertrand du Guesclin y font vraisemblablement halte. Assiégé, bombardé, occupé tour à tour par les Français et les Anglais, le château est en ruine à la fin du Moyen Âge. Il ne conserve de son aspect féodal que le donjon carré, la base d’une tour et des pans de murailles.
En récompense de leur fidélité et de leurs services aux rois de France durant les guerres anglaises, les Jaubert reçoivent de nouvelles armes aux fleurs de lys.
La Renaissance
À partir de 1426 débute une vaste campagne de reconstruction, dont subsistent la cuisine médiévale, les murs du logis seigneurial et quelques fenêtres gothiques sur la façade nord.
Dans les années 1580, le château se met à la mode de la Renaissance française : machicoulis, fenêtre à bossages et pilastres, tourelle d’escalier à encorbellement viennent orner le donjon, tandis qu’un portail monumental, muni des glissières d’un pont-levis, s’élève pour garder l’entrée du domaine.
Partisans catholiques, les Jaubert se rangent derrière les Valois durant les guerres de Religion, troubles pendant lesquels le seigneur Jean III est assassiné. Un buste en haut relief de Catherine de Médicis, sculpté par un élève de Nicolas Rambourg à la hauteur de la chambre de la Reine, toise depuis lors les visiteurs.
Le Grand Siècle
En 1615, la terre de Nanthiat est érigée en vicomté par Louis XIII, pour saluer la fidélité séculaire des Jaubert à la Couronne, fidélité qui se renouvelle autant pendant la période des complots que pendant la Fronde contre Louis XIV. Deux Jaubert, mousquetaires, meurent au service du Roi.
Sous la Régence, un épisode romanesque marque l’histoire du lieu : Pierre V Jaubert épouse Célinie Leblond, née des amours tragiques entre le chevalier d’Aydie et la Belle Aïssé, ancienne esclave circassienne devenue muse des salons littéraires parisiens. Leur histoire passionne les écrivains : Voltaire et l’abbé Prévost s’en inspirent dans leurs romans ; Dumas fait d’Aïssé un personnage clé du Comte de Monte-Cristo ; Flaubert la met en scène au théâtre avec Sarah Bernhardt dans le rôle-titre.
Sous la direction du chevalier, le bâtiment se modernise à partir de 1740 : ouverture de fenêtres dans la façade sud, création de pièces en enfilade, décoration Louis XV. Le château adopte une allure sobre et élégante de style classique.
De la Révolution à l’Empire
Au cours de la Révolution, le château échappe aux dégradations grâce à la retenue du citoyen chargé des réquisitions.
La lignée des vicomtes de Nanthiat s’éteint à cette époque dans la maison des comtes de Bonneval.
C’est ainsi que Napoléon peut donner en 1812 au général baron Daumesnil l’argent nécessaire pour acquérir le château, gratifiant par ce geste celui qui lui avait un jour sauvé la vie. Le « mutilé de Wagram » était originaire de Périgueux. Rappelé pour défendre héroïquement Vincennes contre les armées alliées, le général le revend rapidement.
Par la suite, le domaine passe aux mains de la famille Labrousse du Boffrand, qui occupe pendant plusieurs générations la mairie. Il est ensuite transmis par héritage à Maurice Devars du Mayne, salué pour en être un grand restaurateur. Il revient enfin à sa fille et son gendre, Pierre Käppler.
Après-guerre, l’inscription aux monuments historiques
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le château accueille des réfugiés alsaciens. En juillet 1944, les troupes allemandes, remontant en direction de la Normandie, passent devant ses grilles et sèment la mort parmi les résistants du village.
Au sortir de la guerre, en 1946, le château est partiellement inscrit au titre des monuments historiques.
En 1995, un incendie anéantit la toiture pyramidale du donjon, et détruit ses fenêtres et planchers.
La restauration contemporaine
Meurtri par le temps et par un demi-siècle de négligences, le château de Nanthiat renoue aujourd’hui avec son histoire et son éclat. Il poursuit année après année sa restauration dans le respect de son identité, porté par le désir de partager et de transmettre un lieu habité par la mémoire et l’élégance.









